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Commentaire de iferhounene (30/03/2008 23:16) :
GUERRE D’ALGERIE
1954-1962
« Amirouche, les fils de fellaghas et les chasseurs alpins»
Iferhounéne 1959
Témoignage historique
Par
Abdenour Si Hadj Mohand
Je me souviens très bien de ce jour, vers les années 1960.Alors que nous
étions campés tous ensemble ,mes frères et mes cousins , au champ dit
tamazirt – sur le versant sud du village Iferhounene – à 150 mètres
seulement face au camp du même nom. Nous étions en train de garder l’unique
chèvre qui restait de notre bétail, de notre fortune laissée par nos
parents happés par le colonisation, lorsqu’une compagnie complète composée
de soldats français d’origine européenne et de quelques harkis notoirement
connus passait juste devant nous, en colonne par un, en direction de leur
bivouac. Le hasard n’a pas pu éviter l’événement sempiternel de se produire
à ce moment précis, cette chamaille qui mettait souvent aux prises, de
façon presque cyclique telle un syndrome pathologique, mon cousin Yazid 10
ans à peine et, son frère Messaoud 8 ans. – la bataille faisait déjà rage
entre les deux frères ennemis quand les premiers soldats venaient de
franchir l’endroit où nous étions surpris par cette file indienne de roumis
égrenée de harkis. Messaoud, mon cousin l’intrépide , le nerveux aux
réactions épidermiques, a la mémoire prodigieuse-il avait tout de même et
surtout une facilité déconcertante à retenir les noms des personnages
célèbres ou de ceux de larrons que des événements ont rendus tels,à des
occasions exceptionnelles - C’est ainsi qu’il pouvait retenir dans sa
petite mémoire d’enfant indigène non seulement tous les noms des harkis de
la région mais aussi et particulièrement des hauts gradés du FLN et de
l’armée française de l’époque - nous étions déjà en 1960-et notre enfant
terrible n’avait que 8 ans- soit deux ans de moins que moi-même. Des noms
comme celui De Gaulle, de Lacoste, ou encore Eisenhower (américain)
n’avaient aucun secret pour lui. Messali Hadj, Abane Ramdane ou autre, non
seulement il les connaissait très bien mais il pouvait leur adjoindre les
caractères saillants de leur personnalité, de leur physionomie. Ainsi De
Gaulle pour lui, était très long et avait un nez qui était hors du commun.
Il disait souvent pour ironiser à quelqu’un qui le contrariait qu’il avait
le nez De Gaulle. Ou bien encore les yeux de tel autre personnage .Mais
celui–ci dont il finit par adopter définitivement le nom pour en faire une
idole, au point de ne jurer que par sa tête était le redoutable Amirouche
connu sous le surnom de Lion du DJURDJURA- pour lui les héros ne meurent
jamais, quelque soit la puissance de leurs ennemis. Cet enfant intrépide,
qui ne se souciait de rien n’a pas raté l’occasion inespérée, à ce moment
précis, à l’endroit même où la compagnie venait de passer devant nous à
quelques mètres seulement, pour se mettre à gueuler en vidant sa colère
incontenable sur son frère qui le taquinait, en ces termes, à très haute
voix et de façon très distinctive : « je jure sur la tête de Amirouche que
je vais te tuer, oh Yazid de m… ! Je vais d’écrabouiller ton portait de
Mohand ath M., harki ! Va tu n’es pas mon frère, tu es plutôt le frère à
Ouali Ath O. ! » Cette avalanche de mots débitée sans interruption à voix
porteuse n’a pas manqué d’attirer le regard de tous les soldats qui étaient
à proximité du lieu où se déroulait la bagarre entre les deux ennemis et
non moins frères de père et de mère. A cet instant précis- et comme à la
parade, telle des joueurs de baby foot guidés par le même mouvement, tous
les regards se tournèrent brusquement vers l’endroit d’où fusait ce
terrible nom de Amirouche, d’une voix aigue et vibrante en même temps. Une
sorte de réflexe conditionné avait saisi subitement la file de soldats qui
s'était retournée comme s’ils s’apprêtaient à découvrir soudain ce
redoutable guerrier en face d’eux , surgir de derrière un arbre , ou à
travers un mur de ces mechtas alignées face au camp. J’avais deviné que
tous les soldats F.S.E et F.S.N.A, tous grades confondus ou simples hommes
de troupe connaissaient parfaitement le terrifiant nom de Amirouche. Enfant
indigène de surcroît inculte que j’étais à cet âge car, privé de tout,
j’avis vite compris l’ampleur du combat que livrait ce redoutable guerrier
à une puissance pourtant surarmée. J’ai surtout compris que la suprématie,
dans un conflit armée, ne résidait pas seulement dans la puissance de feu
mais qu’aussi dépendait de l’audace et de l’intelligence des chefs
militaires. En un mot de la stratégie dans la manière de livrer bataille à
son ennemi. C’est cela la guérilla. L’onde de choc qui s’était répandue au
sein de cette compagnie était telle que, nous, enfants insouciants étions
d’un coup, saisis de perplexité - une atmosphère de méfiance,
inexplicable, contagieuse s’était soudainement répandue autour de nous
suivie d’un silence effrayant tant du coté de tous ces éléments de l’armée
d’occupation que du coté de ces enfants indigènes que nous étions- tous
âgés entre 7 et 10 ans.
Nous avions tous compris à ce moment soldats français et enfants de
fellaghas que nous étions, qu’un monde séparait nos deux races, nos deux
cultures, et surtout nos deux philosophies, nos deux religions. Ils sont
les envahisseurs, nous sommes les autochtones, les propriétaires des lieux.
Ils sont là pour nous asservir, nous exploiter, nous voler, nous
martyriser. La terreur du colonel, était le remède au système inique,
violent, criminel, qui s’installait progressivement dans notre pays. 4 ans
déjà que le camp d’iferhounene a été installé chez nous, la situation
allait pour nous de mal en pis :
Frères et pères tués, oncles emprisonnés, biens saccagés, il ne subsistait
pour nous que les chamailles de frères et sœurs livrés à eux –mêmes et sans
ce précieux intermédiaire conciliateur, nos pères. Il ne restait pour nous
que la guerre, sans autre issue que la mort .Mon père avant de mourir nous
a légué cette phrase lapidaire : « maintenant que Amirouche est mort,
qu’il ne subsiste aucun d’entre nous ! Mourrons tous, car c’est l’unique
alternative qui nous est laissée. Le colonialisme vit au détriment du
colonisé. Il l’avilisse, il le martyrise, il l’appauvrit en un mot le
détruit progressivement »
Nous, enfants indigènes et aussi enfants de fellagas, nous étions
prédestinés à une autre vie.pas celle de pacifiés, assimilés aux européens.
Nous sommes mis dans un état de rébellion pathologique par les conditions
de dénuement total qui nous sont imposées par l’envahisseur.
L’école française que nous avions commencé à fréquenter n’a fait que
réveiller en nous les braises d’un feu mal éteint : la haine de celui qui
nous a privé de tout : d’abord de l’affection de nos pères, ensuite des
moyens de survie. Nos biens ont été lapidés et nos maisons confisqués.
La puissance coloniale, aura réussi, de reproduire en nous, enfants
innocents, ce que, eux, appellent par confusion délibérée, préméditée, des
futurs terroristes que par conséquent il faudra, tôt ou tard penser à
éliminer. Des Rebelles à vouer à la corvée de bois.
La corvée de bois ! Quelle subtilité barbare ! comment , l’esprit d’enfants
d’indigènes insouciants peut il admettre , que l’on puisse montrer sa
force , sa puissance devant un homme sans arme, et pardessus tout faire
croire à l’humanité toute entière , à l’histoire de l’homme , que le
condamné, victime d’une exécution préméditée , sans aucun jugement , qu’il
a tenté de fuir. Pis encore, l’infortuné est tué avec cet espoir d’être
libéré pour retourner à ces enfants chéris qui l’attendent pour continuer à
vivre
Comment des dirigeants d’une puissance militaire, d’une nation qui a vu
naître et grandir les droits de l’homme, puissent-ils admettre que de tels
crimes aient lieu sous leur commandement ? Peut être avaient ils été les
commanditaires ? Quelle grandeur pourrait on reconnaître à ces stratèges
politiques et militaires qui ont été formés dans les écoles de Victor Hugo,
Ronsard, Montaigne, Voltaire et Pascal ? Mon Dieu, quelle sauvagerie est
cette culture occidentale ?!
Et ces soldats français, dont la plupart avaient moins de 30 ans, peut être
à peine 20 ans malgré proches de nous, en tant qu’êtres humains pensants,
n’avaient ils pas d’autres alternatives que celle de nous réduire à néant.
Ils étaient en fait conditionnés pour cette mission. Il ne faut pas leur en
vouloir, car moi même j’ai été jeune, et de surcroît orphelin et fils de
fellagha, je ne suis pas un saint, et pourtant je me souviens que mon seul
péché était de dévaliser l’école primaire de ces plus jolis livres pour en
arracher les images. Rien que cela. Je n’ai pas tué et préfère pour cela
mourir que de mettre fin à la vie d’un être humain. Ces jeunes français
appelés, sont pour la plupart comme moi, j’en suis sur. Pour preuve de
soldats dont je n’ai retenu que le prénom ont pris notre partie. GUY,
Marcel, Robert, Madame Boucher, femme d’un non moins lieutenant de SAS,
étaient des soldats français FSE .Ils nous ont protégés et protégé nos
mères et nos sœurs. Cette compassion des appelés français, enseignants, m’a
évité de faire la confusion plutard entre les crimes, les nazis et les
soldats français et réussit à faire la part des choses.
De ce coté là, paradoxalement, tout en tant un musulman entier,
j’appliques le commandement qui est pourtant adressé aux chrétiens : tu ne
tueras point !
Ces soldats FSE prendront assurément conscience de leur erreur
plutard….quand le moment de la remise en cause inéluctable viendra. L’heure
de vérité sonnera pour eux quand ils seront proches du tombeau. et feront
leurs adieux aux vivants ici bas.
Mais que dire alors des harkis qui ont choisi , volontairement , ou sans se
rendre compte de se positionner contre leur propre peuple , leurs propres
frères, pour défendre une cause perdue d’avance, une cause injuste , des
intérêts d’une nation en proie aux difficultés socio économiques. Et même
les citoyens français engagés, temporairement, n’arrivaient pas a justifier
vis a vis de leur conscience leur engagement, leur prise de position en
faveur de l’Algérie Française. Ils étaient et continueraient à mourir pour
certain pour des idéaux, des enjeux qui ne les touchaient ni de loin ni de
près. Ils servaient un système qui perpétuait la domination et la
servitude des hommes favorisés et bien servis par le système non moins
exploiteur, non moins injuste et non moins ingrat déjà à l’égard de ses
propres membres qui s’efforcent en vain de croire malgré eux , en l’honneur
de la France dans cette affaire d’extermination d’ autres hommes,
d’asservissement d’autres femmes et d’ enfants d’un pays soumis par la
force et la tyrannie, le leur qui , leur a volé leur jeunesse , pour un
résultat inutile., pis !déshonorant.
Pour ces français, harkis ou fellaghas, ce sont les mêmes doigts d’une
seule main qu’il faut à défaut d’exploiter, éliminer.
Le colonialisme porte en lui les germes de sa propre négation, Amirouche
était devenu un Dieu dans l’esprit de ces enfants indigènes, orphelins, ou
privés de l’affection de leurs pères croupissant dans les geôles depuis
déjà plusieurs années. Ils seront les futurs fellaghas, si la guerre venait
à perdurer.
Le cas de 7 enfants alignés là devant cette puissante compagnie de
chasseurs alpins, avec à leur tête un lieutenant foudre de guerre, livrés à
eux-mêmes, se chamaillant pour briser la domination de leurs aînés, sous
l’œil indifférent de ces chefs de guerre, roumis, mais ébranlés par cette
culture terroriste qui classe l’enfant indigène kabyle déjà dans sa
destinée de future fellagha, l’opposant du coup à celui des harkis. C’est
cela ce que la propagande coloniale appelle l’opposition, ou le conflit
fratricide.
Les noms de harkis tels que DOUMRA, OUALI ATH O…, MOHAND T., MOHAMED ATH
M.. étaient déjà entrés dans la langage populaire, mais comme surnom chargé
de tout leur poids péjoratif et il n’était pas surprenant de vous entendre,
en ces temps de guerre, surnommé par des noms authentiques mais usés comme
simple sobriquet.
Amirouche, même mort, par contre comme disait CONROUX continuait de faire
peur. C’est le symbole de la justice forte, efficace opposée à la force
tyrannique du colonisateur.
Amirouche, mort ou vivant a réalisé son objectif, celui de faire prendre
conscience à son peuple que le mythe de la supériorité de l’envahisseur,
désormais n’existe plus, que l’ennemi colonisateur n’est plus assuré des sa
victoire dans son dessein diabolique d’instauration, contre la nature des
choses, d’une Algérie française au risque d’aboutir à une « France nord
africaine » ou des FSNA revendiquent une origine qui n’en est pas une, à
tout égard. Je m’immisce dans des affaires françaises, car l’histoire m’y
oblige.
sihadj.abdenour@hotmail.com |